Un autre regard

Le début de l’été est marqué en Russie par une série de protestations des représentants de la sphère sociale

Monitoring des événements majeurs

(préparé par le mouvement « Alternatives »)

 

1. La réforme de l’Académie des sciences russe portée par le Ministère de l’éducation et de la recherche soulève des protestations dans la société civile.

Fin juin 2013, le Ministère de l’éducation et de la recherche a proposé à la Douma fédérale un projet de loi intitulé « L’Académie des sciences russe… ». Le projet se présente comme une réforme radicale du système des Académies des sciences.

La réforme prévoit de fusionner l’Académie des sciences médicales et l’Académie des sciences agricoles en une « Académie des sciences publique et étatique de Russie ». Leurs organes scientifiques seront sous le contrôle d’un organisme qui sera lui-même sous le contrôle du gouvernement. Le président de l’Académie des sciences sera nommé non par le Président de la Fédération de Russie, mais par le gouvernement et un moratoire de 3 ans sur l’élection des académiciens, des membres du comité et du président de l’Académie des sciences sera mis en place. Une « Agence des organes de la recherche de l’Académie des sciences » gérera le patrimoine des organismes qui resteront dans le giron de l’Académie des sciences. Ce qui signifie que l’actuelle Académie des sciences va perdre son principal privilège, celui de gérer elle-même les fonds qui lui sont alloués par l’Etat ; elle va se transformer en simple union des chercheurs. La fusion de plusieurs académies des sciences en une « grande » académie mettra fin à l’existence de l’Académie des sciences sous la forme que lui avait donnée Pierre Ier au début du XVIIIe siècle.

Les experts et les personnalités publiques estiment que ce projet s’inscrit dans le fil de la politique socio-économique néolibérale des autorités qui vise à privatiser et à soumettre à une logique commerciale non seulement la production, mais aussi la sphère sociale. Ce projet répond à une volonté, liée à la conjoncture, de redistribuer le pouvoir et la propriété dans une des rares sphères où le développement des sciences tendait jusque là à échapper à la logique commerciale et étatico-bureaucratique. Ainsi, des fonctionnaires corrompus mettent la main sur le patrimoine et le budget de la plus importante institution publique gérée par ses propres membres de Russie (ce qui ouvre la voie à la privatisation de cette institution).

Même en cette période de congés universitaires, la communauté scientifique russe et internationale s’adresse au Président et au Gouvernement pour dénoncer cette destruction de l’Académie des sciences. Le 4 juillet 2013, à la veille de la seconde lecture du projet de loi à la Douma, un rassemblement s’est tenu au parc Gorki, au cours duquel ont été débattus les changements proposés. Les protestations de la société civile ont conduit à ajourner le vote du projet de loi à septembre 2013. Le syndicat des collaborateurs de l’Académie des sciences, les collaborateurs scientifiques de l’Académie et d’autres organisations citoyennes et scientifiques appellent la communauté scientifique russe et les citoyens préoccupés par l’avenir de la recherche dans leur pays à lutter contre cette loi.

Goulnara Aïtova

2. Le cas Edward Snowden

La présence d’Edward Snowden à l’aéroport de Cheremetevo (Moscou) constitue l’un des sujets les plus traités et commentés dans les médias. Toute une série d’experts étrangers loue les autorités russes et les décrivent comme un acteur politique soucieux de la défense de la liberté d’expression. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Effectivement, les autorités russes tentent de tenir une ligne politique un tant soit peu indépendante des Etats-Unis et soutiennent les parties en conflit avec ce pays. Cette position n’est cependant pas dictée par une volonté de promouvoir la démocratie (si elles avaient de telles intentions, les autorités russes devraient dans ce cas commencer par défendre la démocratie dans leur propre pays), mais par une double ambition. Il s’agit premièrement pour le pouvoir russe de se présenter comme un acteur géopolitique indépendant de la scène mondiale. Deuxièmement, de montrer les dirigeants russes sous les traits de patriotes attachés à la défense des intérêts de leur pays et au statut de grande puissance, indépendante de l’Occident, de la Russie. Le premier objectif aurait pu avoir un impact positif si les autorités a) se montraient cohérentes et fermes dans leurs actions, b) coopéraient activement avec d’autres forces opposées à l’hégémonie américaine, à l’OTAN, etc… Malheureusement, ce n’est pas le cas. Alexandre Bouzgalin

 

3. Les actions en faveur des personnels médicaux de Rjev et du syndicat « Deïstvie » [« l’Action », N.d.T]

Le 9 juin 2013, le syndicat interrégional des professionnels de la santé « Deïstvie », syndicat indépendant du traditionnel Syndicat des professionnels de la santé, a organisé à Moscou (devant le Ministère de la Santé), à Ekaterinbourg et à Ijevsk des actions de soutien aux personnels de la ville de Rjev. Ceux-ci sont menacés d’une amende de 300 000 roubles pour avoir organisé une manifestation de soutien aux participants de la « grève du zèle » des pédiatres d’Ijevsk en avril 2013. Six pédiatres et deux infirmières ont exprimé leur solidarité avec leurs collègues d’Ijevsk et ont réalisé une photographie où ils posent avec des banderoles, photographie qui constitue la base de l’accusation. L’audience aura lieu les 10 et 11 juillet […] En cas de poursuite de la procédure, « Deïstvie » promet d’organiser des actions de protestation massives au niveau fédéral.

Sources :

http://action.avtonom.org/

http://www.ktr.su/

 

4. L’action « la marche contre les bourreaux »

Une « marche contre les bourreaux » en soutien aux accusés de « l’affaire Bolotnaïa » et à tous les détenus politiques s’est tenue le 12 juin dans le centre de Moscou et a rassemblé 30 000 personnes. La plupart des acteurs de « l’affaire Bolotnaïa » sont actuellement emprisonnés. Les participants ont exigé leur relâchement. Ils ont suivi l’itinéraire emprunté par la « Marche des millions » du 6 mai 2012 qui s’est soldée sur les affrontements entre les manifestants et les forces de l’ordre à l’origine de « l’affaire Bolotnaïa ». Les participants à la Marche contre les bourreaux ont défilé avec des portraits des accusés et en scandant leurs noms. Les figurants de « l’affaire Bolotnaïa » sont accusés d’avoir organisé et participé à des actions de trouble de l’ordre public et de violences contre les forces de l’ordre. Deux personnes ont déjà été condamnées. 12 sont en instance de jugement.

Sources:

http://lenta.ru/news/2013/06/12/theend/

http://www.ikd.ru/node/19115

 

5. Les actions de protestation dans le monde du travail en Russie. Monitoring du Centre pour les droits sociaux et les droits des travailleurs « Actions de protestation dans le monde du travail »

22 actions de protestations se sont tenues en mai 2013, ce qui porte à 100 leur nombre depuis le début de l’année. Ces données sont proches de celles de l’année 2011, alors que 2012 aura connu un nombre record d’actions. Les données concernant les cinq premiers mois permettent de constater une baisse de presque 25% du nombre d’actions. Les employés cherchent de moins en moins à résoudre les conflits par le dialogue avec leurs employeurs et s’adressent de plus en plus à la société civile ou cherchent des moyens de pression sur les employeurs. C’est une tendance assez alarmante ; les conflits débordent de plus en plus souvent le cadre des entreprises et des organisations. L’action la plus significative du mois de mai fut celle des employés de l’usine Volkswagen de Kalouga, à laquelle a pris une part active le syndicat de l’industrie automobile.

Sources:

http://www.trudprava.ru/index.php?id=2325

mpra.info и ktr.su